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Histoire des Communautés Juives du Nord et de Picardie

Par Frédéric Viey

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Cette « Histoire des Juifs du Nord et de Picardie » relate, sans se vouloir très savante, le quotidien des fils d'Israël dans le Nord de la France à partir du Moyen-Âge jusqu'à nos jours. Depuis la mort de Charlemagne et la division de son Empire, les frontières géographiques des régions du nord de l'hexagone ont toujours été fluctuantes compte – tenu des alliances conclues entre les rois de France et leurs vassaux. Il est difficile aussi de fixer le dessin des frontières des Flandres ainsi que celles des possessions de l'Eglise dans ces régions. En réalité, l'histoire de ces communautés n'est pas très connue dans le grand public. Il y a quelques grandes études très ciblées mais en ce qui me concerne j'ai préféré tirer de petites notices ou  des anecdotes dans des « chartes » ou des « Layettes », dans des livres sur l'histoire des Juifs de France tel que le « Gallia Judaïca » ou dans les différents journaux de l'époque : « Les Archives Israélites » ou « L'Univers Israélite » et les présenter au public sous la forme trouvée.

A travers d'autres documents, il est possible de se rendre compte de l'existence de certaines communautés juives implantées dans le royaume capétien, sur des terres comtales et dans les dépendances de l'Eglise. Elles ont marqué leur présence en y apportant un élément culturel indéniable et une toponymie sensationnelle.

Après l'expulsion des Juifs de France en 1394, aucune archive ne cite la présence de Juifs dans le Royaume. Pourtant dès le XVIIeme on constate dans certaines provinces la présence de marchands juifs. Dans le Nord et la Picardie, que quelques années avant ou pendant la Révolution française que l'on peut constater les traces de quelques juifs. L'intégration définitive des masses ashkénazes et séfarades au sein même de la société moderne française se réalise avec la promulgation du décret d'émancipation des Juifs de France en date du 27 septembre 1791. A partir de 1808, date de la création du Consistoire de Paris, les Juifs du Nord et de Picardie de ce Consistoire et ce jusqu'en 1873 date de la Création du Consistoire de Lille et du poste de Grand Rabbin pour toute la Région.

Dans le milieu du XIX ème Siècle, l'industrialisation va révolutionner les régions du Nord et de Picardie. Le Préfet Isaac va malheureusement avoir un rôle néfaste à Fourmis et va permettre le développement du syndicalisme et de la politisation du monde ouvrier. Après la Guerre de 14-18, la demande forte de houille blanche incite les Polonais chrétiens à venir travailler dans les mines. Les Juifs d'Europe orientale leur fourniront toutes les marchandises dont ils ont besoin, surtout qu'ils parlent la même langue. Mais l'implantation des fils d'Israël dans ces régions n'a pas été simple, l'antisémitisme a pris toutes les formes : cléricale avec l'Affaire du Baron Juif Liefman Calmer, économique avec « L'indicateur des Juifs de France », sociale avec « La Libre Parole » de Drumont. Il ne faut pas oublier l'Affaire Dreyfus  qui trouve ses prémisses dans les articles d'Edouard Drumont contre les Juifs dans l'Armée.

En ce qui concerne les trois grandes guerres contre l'Allemagne : 1870, 14-18 et 39-45, les Juifs du Nord et de Picardie comme le reste des Juifs de France ont fait leur devoir. Ils ont combattu l'ennemi commun et ont forcé Maurice Barrès au respect. Celui qui visite les différents champs de repos trouvera de nombreuses tombes de soldats juifs français mais aussi américains, venus sur le sol de France pour apporter la Liberté.

Durant la Seconde Guerre Mondiale, les Communautés Juives de ces régions ont payé un lourd tribu en perte humaine : la déportation et l'exécution après être passé par le Camp des Malines. Aujourd'hui dans toutes les Communautés un monument rappelle les sacrifices faits par le Peuple Juifs.

Après la Seconde Guerre Mondiale, la population juive de France est exsangue. Les survivants vont essayer de faire revivre leur patrimoine religieux et culturel. Certains retrouveront leur commerce, d'autres leur usine, etc…Mais le redémarrage est très difficile, il faudra attendre les années 60 avec l'arrivée des Juifs d'Afrique du Nord pour qu'un nouvel essor puisse être impulsé grâce à leur nombre et par leur apport culturel. Des Communautés vont revivre dans cette époque des « 30 glorieuses » mais hélas, les deuxième et troisième générations vont préférer se rapprocher des grandes villes ou de la banlieue parisienne pour y faire des études et y trouver du travail. Devant aussi, la montée d'un nouvel antisémitisme qui se fait appeler antisionisme, beaucoup de familles quittent le Nord et la Picardie pour s'installer en Israël.

Pour ce qui est de la rédaction de ce fascicule, il m'est apparu sympathique de sortir des chemins battus de l'écriture. C'est à dire une histoire par Région et ensuite par villes. J'ai préféré opter pour un autre modèle : construire cette étude sur l'histoire des deux régions et en dégradant par époque et par ville. Ce n'est pas simple mais beaucoup plus ludique. En effet, l'histoire par la continuité n'a pas de sens. En effet, nous savons tous que l'histoire des Juifs de France et de ceux qui se sont installés plus tard dans le « Pays des Droits de l'homme » est très chaotique. Donc en faisant cette démarche intellectuelle, j'ai voulu briser les schémas et remettre à chaque fois le travail sur l'ouvroir. Il me paraît plus lisible de parcourir ces « histoires » en  passant du Moyen-Âge à la Période Contemporaine par Régions ; départements et par villes. D'un premier abord, une telle démarche me paraît plus lisible et plus facile à comprendre pour le non initié. Il peut aussi prendre le livre à n'importe quelle époque, il sera à même de comprendre les péripéties du Peuple Juif dans le Nord de la France.

Ces Communautés Juives ont aussi un bouillon de culture extraordinaire et ont laissé de grands noms dans l'Histoire de la France et dans celle du Peuple d'Israël. On peut déjà mettre à l'honneur les grands rabbins Benjamin Lipman, Poliakoff, Léon Berman ou Israël Lévy, le Préfet Isaac, le Commandant Armand Lipman, le Capitaine Seligman, l'architecte Moïse Weil, Herschel Feibel Grysnzpan, Suzanne Deutsche de la Meuthe, Georges-Henri Halphen, Jules Wogue, ou des industriels comme J.P. Saltiel.

Il faut aussi mettre en évidence les travaux de grands historiens qui ont beaucoup œuvré afin de faire connaître l'histoire de ces communautés : Henri Gross, Léon Kahn, G.B. Depping, Robert Anschel, Bernard Blumenkarnz, Gérard Nahon, Danielle Delmaire, etc…Les présidents ou les rabbins des différentes communautés ont aussi compilé des informations sur l'histoire de leur « Kéhila ». Franck d'Almeida a, particulièrement, mis à disposition des photos des membres de sa famille à Saint-Quentin.

Frédéric Viey

Juin 2009

En collaboration avec Franck d'Almeida sur l'ensemble de cette étude.

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