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Face à la persécution 991 Juifs dans la guerre

coécrit par Claire ZALC et Nicolas MARIOT

Publié avec l’aide de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah

Odile Jacob, ISBN 978-2-7381-2175-2, septembre 2010

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L’ambition de cet ouvrage est de renouveler l’histoire de la Shoah en l’écrivant non plus du point de vue des bourreaux, qu’ils soient les décideurs ou les exécuteurs, mais des victimes. Bien sûr nous ne sommes pas les premiers à s’intéresser à elles. La place des Juifs dans l’historiographie de la Shoah fut celle de leurs paroles : témoignages non entendus d’abord, sollicités dans un contexte judiciaire ensuite, puis collectés en nombre dans une perspective mémorielle. Certains sont également partis depuis à la recherche de leurs parents « disparus », à l’instar de Daniel Mendelsohn qui relate, dans le roman éponyme sa quête minutieuse des traces laissées par les siens tués par les nazis. Le sous-titre original rend bien compte de sa démarche : A Search for Six of Six Million. En historiens, nous tentons ici de multiplier cette démarche par 350. Ce livre ne traite pas d’une seule famille mais d’un millier d’individus : il tente en effet de reconstituer, pas à pas, l’ensemble des trajectoires des 991 Juifs de Lens entre 1940 et 1945.

L’ouvrage procède par étapes. Il évoque un par un chaque temps de la discrimination antisémite en France pendant la Seconde guerre mondiale en se plaçant du côté des persécutés : l’identification, l’aryanisation, l’arrestation, la déportation. Pour poser, à chaque fois, la question qui structure tout l’ouvrage : que faire ? Faut-il se déclarer comme juifs ou se taire ? Partir ou rester ? Fuir où ? Respecter la loi ou basculer dans la clandestinité ? L’histoire de ces 991 destins croisés est écrite au ras du sol. Elle tente de saisir au jour le jour, famille par famille, les formes prises par la discrimination antisémite en France pour comprendre aussi la variété des parcours. Les archives sont aujourd’hui ouvertes sans restriction aux chercheurs. Nous avons mobilisé la masse documentaire disponible, famille par famille : dossiers et lettres de déclarations, fichiers de recensements, comptes rendus de surveillance, courriers adressés aux administrations, dossiers d’aryanisation, listes de convois, dossiers de naturalisation mais également les fonds du Service international de recherches, ou encore les archives suisses relatives aux réfugiés juifs. Cet ensemble permet de reconstituer les itinéraires, de dater les moments décisifs, de contextualiser les comportements des Juifs de 1940 à 1945.

C’est pourquoi l’histoire de la Shoah en France y est envisagée dans une toute nouvelle perspective. Ce livre ne se contente pas de retracer la variété des attitudes possibles, il ambitionne surtout de les expliquer au regard des possibilités, caractéristiques sociales, histoires migratoires des uns et des autres. Décrire, entre silence et déclaration, ombre et lumière, arrestation et clandestinité, l’éventail des comportements des victimes, entre la vie et la mort.

Lens, avec sa communauté juive de 350 familles, offrait l’avantage d’un terrain aux dimensions idéales pour répondre à cet objectif. L’ensemble des acteurs de la discrimination y jouent un rôle : autorités allemandes, police et fonctionnaires français. La violence qui s’y déroule est particulièrement marquée : la moitié des Juifs lensois sont déportés (contre environ 25% pour la France). Mais ce livre sort aussi du bassin minier pour suivre les parcours de ceux qui partent, en zone occupée, en zone libre, en Suisse, mais aussi à Malines, dans le camp d’internement belge, enfin dans les camps de la mort.

Nicolas Mariot est chargé de recherches au CNRS (CURAPP, Amiens), membre du comité de rédaction de la revue Genèses, sciences sociales et histoire. Il a publié Bains de foule. Les voyages présidentiels en province, 1888-2002 (Belin, 2006) et C’est en marchant qu’on devient président. La République et ses chefs de l’État, 1848-2007 (Aux Lieux d’Être, 2007). Il vient d’éditer, avec André Loez, Obéir / désobéir. Les mutineries de 1917 en perspective (La Découverte , 2008).

Claire Zalc est chargée de recherches au CNRS (Institut d’histoire moderne et contemporaine, ENS). Ses travaux portent sur l’histoire de l’immigration dans la France du XXe siècle, notamment sur l’histoire des entrepreneurs étrangers. Elle vient de publier Melting Shops. Une histoire des commerçants étrangers en France (Perrin, 2010) et co-dirigé 1931, les étrangers au temps de l’exposition coloniale (Gallimard, 2008), le catalogue de l’exposition du même nom qui s’est tenue à la Cité nationale de l’histoire de l’immigration (mai-octobre 2008).Parallèlement, elle mène une réflexion sur les manières de faire et d’écrire l’histoire : elle a publié, avec Claire Lemercier, Méthodes quantitatives pour l’historien (La Découverte, « Repères », 2008).